( Radio-Canada.ca ) -
L'ancien président-directeur général de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Henri-Paul Rousseau, a prononcé une allocution très attendue, lundi midi, devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Celui qui a dirigé l'institution de 2002 à 2008 a présenté ses « perspectives sur la Caisse et la crise financière » à la suite de l'annonce des pertes de 39,8 milliards de dollars subies par l'institution en 2008.
D'emblée, M. Rousseau a reconnu sa responsabilité dans le dossier des papiers commerciaux adossés à des actifs (PCAA). Selon lui, l'erreur n'a pas été d'acheter des PCAA, mais d'en avoir acheté autant.
Il a toutefois tempéré sa responsabilité en affirmant qu'une « crise financière sans précédent a secoué le monde à l'automne 2008, soit cinq mois après que j'aie quitté la présidence de la Caisse. J'ai donc vécu la crise de l'extérieur de la Caisse », a-t-il dit.
Il a ajouté que la Caisse a été frappée de plein fouet par ce qu'il appelle une « tempête parfaite », c'est-à-dire « un ensemble de facteurs », comme l'impact des règles comptables propres à la Caisse, le coût de la protection contre la fluctuation de change et enfin une provision de 4 milliards $ sur le papier commercial adossé à des actifs.
Les dirigeants actuels de la Caisse avaient expliqué les déboires de l'institution par l'accumulation trop grande de PCAA, un placement autrefois considéré comme sûr, mais qui s'est avéré très risqué, et par la politique de protection contre le risque de change. À elles seules, les pertes en papier commercial se sont élevées à 22,4 milliards de dollars en 2008, ce qui compte pour 56 % des résultats de la Caisse.
M. Rousseau a cependant expliqué que le dossier des PCAA avait été aggravé par des décisions politiques. Il a cité la décision du gouvernement américain de laisser la banque d'investissement Lehman Brothers déclarer faillite, sans se porter à sa rescousse.
Henri-Paul Rousseau estime néanmoins que malgré ses pertes, la Caisse est « dans un bien meilleur état pour traverser la crise qu'on semble le croire ».
Pour appuyer ses dires, il a affirmé que la performance de la Caisse de 2003 à 2008, alors qu'il était à la tête de l'organisme, lui a « permis de doubler sa taille de 77 milliards à 155 milliards et d'accumuler un coussin de 15 milliards de dollars par rapport à sa performance historique de troisième quartile ». Il a ajouté que les « actifs de la Caisse sont de très bonne qualité » et que l'institution pouvait compter sur des employés d'une « compétence remarquable ».
En entrevue à RDI, le prédécesseur de M. Rousseau à la Caisse, Jean-Claude Scaire, a apporté quelques bémols au discours de M. Rouseau en disant que « la démonstration est loin d'être faite que la Caisse est plus présente dans l'économie du Québec », que M. Rousseau ne semble jamais présent dans les périodes associées aux pertes, ou encore qu'on ne sait toujours pas pourquoi la Caisse a acheté autant de papier commercial adossé à des actifs.
Toujours prêt à témoigner
Par ailleurs, l'ex-dirigeant de la Caisse s'est dit prêt à témoigner devant une éventuelle commission parlementaire. M. Rousseau avait déjà indiqué qu'il témoignerait devant la commission parlementaire des finances publiques à ce sujet, mais le gouvernement Charest a finalement choisi de ne pas la tenir, puisqu'il refuse que la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, vienne témoigner, comme l'exige le PQ.
M. Rousseau avait gardé le silence depuis que la Caisse de dépôt a dévoilé ses pertes colossales, le 25 février. Ses explications étaient d'autant plus attendues qu'un bras de fer politique entre libéraux et péquistes à Québec empêche la tenue, jusqu'à nouvel ordre, d'une commission parlementaire visant à faire la lumière sur cette perte historique de 25 % du rendement de la Caisse.
L'ex-PDG de la Caisse a pris la parole devant un public d'hommes d'affaires qui ont payé au moins 65 $ le billet, voire davantage, pour avoir le privilège de l'écouter.
Les doutes de l'opposition
À Québec toutefois, aucun des deux partis de l'opposition ne croit que le discours de M. Rousseau permettra d'aller au fond des choses.
François Bonnardel, de l'ADQ, a même déclaré, lundi matin, que M. Rousseau était en mission commandée pour enlever un peu de pression sur le gouvernement et répondre à certaines questions sur la gestion de la Caisse. « C'est un exercice de marketing assez bizarre du gouvernement », a-t-il dit.
Quant au député Éric Caire, aussi de l'ADQ, il croit que « les Québécois veulent avoir le fil de ce qui s'est passé du début à la fin. Donc, premièrement, une commission parlementaire, je pense que c'est incontournable, où on va entendre les acteurs nous dire ce qui s'est passé avec le bas de laine des Québécois ».
Généreuse indemnité de départ
On se souviendra que M. Rousseau a empoché plus de 375 000 $ lorsqu'il a quitté ses fonctions à la Caisse de dépôt. En 2006, il a aussi reçu une prime de plus de 725 000 $ à titre de reconnaissance pour « la performance supérieure réalisée par la Caisse ».
Les résultats que la Caisse a dévoilés à la fin février sont les pires de ses 43 années d'histoire.
La Caisse a eu un rendement négatif de 25 %, alors que les autres fonds canadiens ont fondu en moyenne d'un peu plus de 18 %.
La Caisse, qui gère les caisses de retraite et les régimes d'assurance publics du Québec, gérait un avoir net de 155,4 milliards de dollars au début de l'année 2008. En décembre dernier, il n'en restait plus que 120,1 milliards, en incluant les dépôts nets de 4,6 milliards réalisés en cours d'exercice.
Publié par : Marcel Charland
à 14:49:04
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